19.06.2017, 00:01  

Macron obtient la majorité absolue

Abonnés
chargement
1/6  
Par JEAN-BAPTISTE GARAT

Les derniers sondages avant le second tour avaient détecté une déferlante; c’est finalement une vague orange qui a submergé l’Assemblée nationale hier soir. Mais une vague quand même avec l’élection de 360 députés de La République en marche (LREM) et du MoDem, selon les premières projections de Kantar Sofres OnePoint disponibles à 20 heures.

L’explication de cet écart avec les...

Les derniers sondages avant le second tour avaient détecté une déferlante; c’est finalement une vague orange qui a submergé l’Assemblée nationale hier soir. Mais une vague quand même avec l’élection de 360 députés de La République en marche (LREM) et du MoDem, selon les premières projections de Kantar Sofres OnePoint disponibles à 20 heures.

L’explication de cet écart avec les sondages qui donnaient plus de 400 sièges à la majorité présidentielle la semaine dernière est probablement à trouver dans la faiblesse de la participation au scrutin. La lassitude créée par une longue séquence électorale – entamée il y a presque un an avec les campagnes des primaires –, la perspective d’une victoire annoncée pour les forces d’En marche!, le climat estival de ce week-end n’ont probablement pas contribué à mobiliser les Français qui ont massivement boudé les urnes pour ce second tour.

Majorité confortable

Cette démission des électeurs semble cependant avoir touché plus fortement les supporters du président de la République, qui ne lui ont pas accordé les résultats que les études d’opinion lui prédisaient depuis une semaine.

Avec 360 élus, Emmanuel Macron et Édouard Philippe disposent cependant d’une majorité très confortable pour conduire leurs réformes – environ 62% des sièges –, même si elle est loin d’atteindre les records de la Ve République. En juin 1968, après les manifestations étudiantes et les mouvements de grèves, Charles de Gaulle avait obtenu une majorité de 394 élus, soit 81% des 485 sièges. En 1993, les troupes socialistes avaient été balayées par une vague portant 472 députés RPR et UDF à l’Assemblée et contraignant François Mitterrand à une seconde cohabitation. L’exécutif dispose également de la majorité absolue sans l’apport de son allié du MoDem qui, selon les projections de Kantar Sofres OnePoint, décroche 45 élus.

Comme un avant-goût de la journée à venir, l’exécutif a été rassuré par la nouvelle, tombée dans la nuit de samedi à hier, de la réélection de la ministre des Outre-mer PRG Annick Girardin à Saint-Pierre-et-Miquelon. Très vite hier soir, les victoires de Bruno Le Maire (Eure), de Richard Ferrand (Finistère) et de Christophe Castaner (Alpes-de-Haute-Provence) ont été confirmées.

La droite et le centre droit perdent 96 sièges

Bien qu’ils se maintiennent comme la deuxième force à l’Assemblée et sauvent plus de sièges qu’ils ne l’imaginaient, Les Républicains et leurs alliés UDI accusent une défaite sans précédent pour la droite et le centre droit. Avec 133 élus, ils perdent 96 sièges par rapport à l’Assemblée sortante où ils alignaient 226 élus, dont 27 UDI. Beaucoup des personnalités qui semblaient menacées à l’issue du premier tour retrouvent les bancs de l’Assemblée, comme Christian Jacob (Seine-et-Marne), Éric Woerth (Oise), Daniel Fasquelle (Pas-de-Calais) ou Julien Aubert (Vaucluse). «En dépit de la très forte abstention, les Français ont voulu donner une nette majorité. Je m’incline avec respect devant le choix des électeurs», a commenté François Baroin quelques minutes après la publication des résultats.

Le Parti socialiste et ses alliés (PRG, EELV et DVG) avaient déjà accusé le gros de sa défaite la semaine dernière en ne qualifiant, au total, que 88 candidats pour le second tour. La gauche de gouvernement est décimée en passant de 302 élus à 46. Trente-deux socialistes (dont Stéphane Le Foll et Olivier Faure), treize divers gauche et un écologiste siégeraient à l’Assemblée. «La gauche et la droite subissent une défaite», a expliqué peu après 20 heures Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du PS, en annonçant qu’il cédait sa place à une «direction collective».

La France insoumise, de son côté, serait en mesure de constituer un groupe en alignant 17 élus, son leader Jean-Luc Mélenchon s’étant imposé à Marseille, tandis que les communistes auront besoin de renfort: le PCF aurait remporté 9 sièges sur les quinze nécessaires.

Pour le Front national, également, la déconvenue est au rendez-vous. Les espoirs d’une entrée en force des députés derrière Marine Le Pen se sont évanouis au fur et à mesure que la campagne avançait. Hier, le parti était crédité de six sièges. «Ce sera toujours mieux que dans la précédente Assemblée», a expliqué Nicolas Bay, le secrétaire général du FN. Consolations: la présidente du parti a emporté le siège de la 11e circonscription du Pas-de-Calais tandis que son compagnon, Louis Aliot, était élu dans la deuxième des Pyrénées-Orientales. Le Figaro

Forte abstention

Démobilisés à l’issue d’une longue séquence électorale, les Français ont boudé les urnes dimanche. Le second tour des législatives a été marqué par une abstention historiquement élevée qui pourrait ternir la victoire annoncée de la République en marche (LREM). Plus haute encore qu’au premier tour, l’abstention pourrait atteindre 58%, selon les estimations fournies par des instituts de sondage à trois heures de la fermeture des derniers bureaux de vote dans les grandes villes (20h).

Elle atteindrait 56,6% selon Ipsos-Sopra Steria, 57% selon Kantar Sofres, 58% selon Elabe, soit douze à treize points de plus qu’au second tour des législatives de 2012 (44,6%), déjà historiquement élevé. Au second tour de l’élection présidentielle, le 7 mai, l’abstention avait atteint 25,44% des inscrits. ats

Le président a les pleins pouvoirs pour mener ses réformes

La dernière pièce du puzzle est en place. Avec cette très large majorité à l’Assemblée nationale, le paysage politique du quinquennat d’Emmanuel Macron est fixé. Un parti hégémonique – La République en marche (LREM) – et une opposition laminée. Le président de la République a toutes les armes en main pour déployer son programme, à commencer par la réforme du Code du travail dont il a posé les premières pierres durant la campagne des élections législatives. Un chantier annoncé polémique et conflictuel mais qui bénéficie désormais d’une forte légitimité, malgré l’abstention record observée. De quoi fournir un dernier espoir aux défenseurs acharnés du Code du travail.

À gauche comme dans certains syndicats, on compte désormais sur un troisième tour social à la rentrée pour faire échec aux projets du gouvernement. Comme il est de tradition en France, c’est donc la rue après les urnes qui est promise à Emmanuel Macron.

Un bras de fer que le président de la République aborde en position de force après cette victoire. C’est une confrontation clé puisque le chef de l’État a conditionné l’ensemble de son quinquennat à l’adoption de ce premier texte.

S’il n’en attend pas d’effets sur l’emploi avant 2019 au mieux, le président de la République compte toutefois sur la réforme du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice) pour 2018. L’année prochaine, les entreprises toucheront non seulement cette prime au titre de l’année 2017 mais elles bénéficieront en même temps de la transformation du Cice en allégements de charges.

De quoi leur redonner des marges de manœuvre et relancer l’investissement selon les plans d’Emmanuel Macron. La réforme du Code du travail et celle du Cice fonctionnent de concert. Elles visent toutes deux à redonner confiance aux entreprises et à briser «la peur de l’embauche».

Fort de sa majorité écrasante, Emmanuel Macron n’aura aucun mal à faire adopter ces textes à l’Assemblée nationale. D’autant que l’opposition est désormais réduite à la portion congrue et que, pour l’heure, personne n’a encore revêtu le costume de premier opposant au chef de l’État. La fragilité du PS, au bord de la disparition, et la fébrilité des Républicains, au bord de l’explosion, laissent suffisamment d’espace à l’exécutif pour déployer son programme. Emmanuel Macron bénéficie en outre d’un calendrier favorable puisque les premières élections intermédiaires de son quinquennat, les européennes, n’interviendront pas avant deux ans.

D’ici là, le chef de l’État va toutefois devoir gérer sa majorité pléthorique. Ses adversaires lui promettent déjà l’apparition de courants et de frondeurs, oubliant au passage que chacun des élus d’Emmanuel Macron s’est engagé, pour obtenir l’investiture, à voter l’ensemble des six réformes clés du programme d’Emmanuel Macron.

Pour cadrer les députés, le premier ministre Édouard Philippe s’exprimera devant eux le week-end prochain lors d’un séminaire à l’Assemblée nationale. L’occasion de se pencher sur l’organisation du groupe, l’articulation du travail avec le gouvernement, l’agenda parlementaire, mais aussi les candidatures aux postes clés. Emmanuel Macron veut à tout prix éviter que se reproduise dans sa majorité ce qui avait contribué à plomber le quinquennat de François Hollande: l’apparition d’un groupe de frondeurs déterminés à combattre la politique du gouvernement.

Le risque apparaît toutefois faible au regard du processus de sélection des candidats de La République en marche. Il n’empêche, la large majorité du chef de l’État a relancé le débat sur la proportionnelle. «Le fait que des courants politiques importants ne soient pas représentés à l’Assemblée n’est pas satisfaisant. Une dose de proportionnelle est donc bienvenue», a assuré le premier ministre la semaine dernière en plaidant pour que l’exécutif se penche sur la question. FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD - Le Figaro

Législatives françaises

La République en marche et le MoDem pourraient compter quelque 360 élus à l’Assemblée, selon les estimations disponibles à 20 heures. Le PS et LR reconnaissent leur échec historique. Fort de cette majorité, le président Emmanuel Macron peut s’attaquer à son premier grand chantier: la réforme du Code du travail. Un dossier qui s’annonce polémique et conflictuel.


Vous avez lu gratuitement
une partie de l'article.

Pour la lire la suite :

Profitez de notre offre numérique dès Fr 2.- le 1er mois
et bénéficiez d'un accès complet à tous nos contenus

Je profite de l'offre !
Top