17.06.2017, 00:01  

Barillon ne craint pas le soufre

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Jacques Barillon, l’avocat que les prévenus appellent à la rescousse quand ils risquent gros, autrement dit des peines lourdes.

LA CHAUX-DE-FONDS - Dès mardi, il défendra le mari de Latifa Boukri.

Qui a tué Latifa Boukri le 6 janvier 2015 à La Chaux-de-Fonds? Qui l’a étranglée (notre édition du 30 mai), noyée, dénudée, privée de sa chevelure en lui rasant le crâne, tailladée pour que son sang attire les...

Qui a tué Latifa Boukri le 6 janvier 2015 à La Chaux-de-Fonds? Qui l’a étranglée (notre édition du 30 mai), noyée, dénudée, privée de sa chevelure en lui rasant le crâne, tailladée pour que son sang attire les animaux et fasse disparaître sa dépouille, cachée sous la neige dans une forêt de Charquemont, en France voisine? Mehdi*, accusé d’assassinat, subsidiairement de meurtre? Telle est la question à laquelle devra répondre le Tribunal criminel des Montagnes neuchâteloises et du Val-de-Ruz dès mardi. Les audiences sont prévues sur plusieurs jours, avec un verdict fixé à vendredi. Et Alain Rufener, le juge qui présidera la cour, est connu pour tenir les délais.

A spécifier, car les avocats qui plaideront chacun pour une partie sont plutôt du genre cicéronien. La famille de Latifa Boukri a choisi l’avocat Jean-Daniel Kramer, de La Chaux-de-Fonds, pour défendre la disparue en de tragiques circonstances. Tandis que le prévenu a appelé Jacques Barillon à sa rescousse.

Acteur en arène

Le chantre genevois du barreau aura à ses côtés le bâtonnier Gilles-Jean Portejoie, «un avocat français de premier plan que je connais de longue date et avec lequel j’entretiens des relations amicales». C’est après avoir discuté avec lui qu’il a accepté le mandat. «J’ai été sollicité par le prévenu à un stade très avancé de l’instruction, soit environ un an et demi après son arrestation. Il était assisté à ce moment-là par un de mes confrères neuchâtelois.»

Ce sont les graves accusations formulées contre Mehdi qui font revenir dans notre région (lire l’encadré) ce «héros du négatif», aimant «les combats les plus rudes», pour reprendre les termes avec lesquels il s’est un jour décrit à «L’Illustré». Depuis de nombreuses années déjà, on peut régulièrement rencontrer ce gladiateur du verbe dans les salles de justice du canton.

Les proches de Latifa Boukri se déplaceront de France voisine – Saint-Louis, dans le Haut-Rhin, où ils vivent – pour assister aux débats. «Nous ne voulons rien dire à propos du mari de Latifa, avant le procès. Cela flatterait son narcissisme», nous explique au téléphone une des sœurs de la jeune disparue, qui aurait eu 27 ans le 5 avril.

Ce sordide fait divers donnera sans doute du fil à retordre au champion de la provocation qui a inspiré le verbe «barillonner». Ce rockeur de la diatribe, qui énerve plus d’un par sa tendance à prendre son monde de haut, a montré un bout de ses crocs lors de la séance préparatoire du procès, le 29 mai dernier. Parlant par exemple de toute «une instruction à revoir». Il a promis au passage que ses plaidoiries ne dépasseraient pas les 45 minutes. Rassurant de la part d’un acteur des tribunaux qui dit incarner un rôle dès qu’il rentre sur la scène judiciaire.

Il va faire le grand écart

En 1995, en cour d’assises, à Neuchâtel, le trublion avait retenu le souffle de l’auditoire, fortement constitué d’avocats stagiaires et d’étudiants en droit. Ses déclamations, décrites alors par la presse comme passionnées et même exaltées, durèrent quatre heures. Il défendait Charly*, un Neuchâtelois qui avait écrabouillé la cervelle de son employé en septembre 1991. Le condamné écopa de 18 ans de réclusion.

Comment Jacques Barillon peut-il, après avoir défendu la famille de Marie, victime de Claude D., défendre, cette fois, un homme soupçonné du meurtre ou de l’assassinat effroyable d’une jeune femme? Comment un tel grand écart est-il possible? Il ne répondra pas, ni à plusieurs autres questions envoyées par mail. Pas avant que le procès ne commence. Que va-t-il plaider? L’innocence? Le crime passionnel? Le coup de folie? «Gilles-Jean Portejoie et moi plaiderons l’acquittement».*Prénoms fictifs

meurtre ou assassinat?

Mehdi (prénom fictif) est soupçonné d’assassinat, subsidiairement de meurtre. Termes qui signifient que le Tribunal criminel de La Chaux-de-Fonds et du Val-de-Ruz devra se prononcer et dire, au cas où la culpabilité du prévenu est avérée, si un meurtre ou un assassinat a été commis. En France, l’assassinat implique l’idée qu’il y a eu préméditation. Ce qui n’est pas le cas pour le meurtre.

En Suisse, la différence est plus difficile à saisir. L’assassinat, pour être établi, doit comporter divers facteurs. Notamment le mobile de l’auteur, la méthode utilisée pour tuer, la préméditation et le comportement après l’homicide. Le code pénal helvétique condamne plus lourdement l’assassinat (art. 112 du Code pénal) que le meurtre (art. 111 du CP). Une personne condamnée pour meurtre sera punie d’une peine privative de liberté de cinq ans au moins. L’assassinat fait écoper le condamné d’une peine privative de liberté à vie ou de dix ans au moins.

Demandé dans la région

Jacques Barillon est l’avocat auquel recourent des auteurs d’affaires sombres. Dans le canton, aussi. Et ceci depuis longtemps déjà.

Quelques exemples... En 2003, au tribunal correctionnel du Val-de-Ruz, il plaide en vain le sursis pour un homme accusé d’avoir poignardé sa femme. Le condamné écope de 30 mois d’emprisonnement, moins les jours passés en préventive. En février 2008, il défend un tuteur accusé d’avoir détourné 1,6 million de francs en escroquant ses protégés. Le procès est un spectacle.

Les autorités neuchâteloises de surveillance admettent que ses méthodes sont peu usuelles dans le canton, mais elles se gardent d’affirmer que l’avocat genevois a dépassé les limites. Au passage, Jacques Barillon soulignait pour sa part que la liberté de plaider est «sacrée». Au cœur de ce show, l’accusé avait fini par écoper de sept ans de prison. Jacques Barillon avait alors fait recours. En avril 2009, le Tribunal fédéral l’avait rejeté.

En 2012, après une surconsommation d’avocats, Bulat Chagaev enrôle Jacques Barillon. Puis c’est la rupture. Qui a rompu? On ne le saura pas. Toujours en 2012, en mauvaise posture, l’ancien administrateur de Saint-Blaise, Marc Imwinkelried, jette son dévolu, lui aussi, sur Jacques Barillon. Il bénéficie d’une peine de dix-huit mois avec sursis. Plus récemment, en décembre 2015, il se battait pour les victimes d’un ex-entraîneur (photo ci-dessus: David Marchon), prévenu d’abus d’ordre sexuel.

Rasée pourquoi?

Mehdi (prénom fictif) est aussi accusé d’atteinte à la paix des morts. Entre autres parce que la victime, Latifa Boukri, a été rasée «dans un but d’humiliation». Un procédé déjà observé en 2003 lors de l’affaire dite des Fahys, car survenue dans la rue de ce nom en ville de Neuchâtel. Le dossier avait ensuite été instruit par le magistrat Nicolas Feuz.

Un Palestinien d’origine syrienne avait tué sa femme, coupé ses cheveux avant de la dépecer et d’en cacher les soixante-neuf morceaux dans un congélateur, histoire de faire croire à un départ pour l’étranger. Le mobile avait été la jalousie.

«Nous avions, à l’époque, demandé des renseignements sur cet acte à des spécialistes de l’Islam», explique Nicolas Feuz. «Raser le crâne de la victime vise à la déshonorer encore plus après l’avoir tuée. C’est donc une grave atteinte.» L’auteur, coupable d’assassinat, avait été condamné à la réclusion à vie. Pour rappel, celle-ci équivaut à un maximum de 20 ans de prison, en Suisse.


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